Interview de Jean Michel Henry : « Le gouvernement a le devoir de reconsidérer sa position par rapport aux courses hippiques »

By Naushad Korimdun Lundi 17 Aout 2015 Défi Turf O commentaire 0 views
Le franc parler, avec verve et réalisme, a toujours été le fort de Jean Michel Henry, entraîneur. Ce longiligne, âgé de 42 ans, est ce qu’on appelle la nouvelle génération d’entraîneurs, étant l’héritier de son illustre père, feu Serge Henry. Dans l’entretien qui suit, il aborde les difficultés du métier, la politique de l’état vis- à-vis de nos courses hippiques mauriciennes, propose l’alternative des club-jockeys et lance l’idée de l’élevage, afin d’assurer une certaine autosuffisance. Quels sont les éléments de satisfaction et de déception pour vous après 19 journées des courses ? Comme vous l’avez constaté, ce n’est pas facile. J’ai débuté la saison avec un effectif bien étoffé, mais surtout âgé et de qualité très moyenne. Du reste, pas moins d’une quinzaine de nos coursiers ont été mis à la retraite avec l’accord des propriétaires depuis la reprise en mars, c’est peu dire. Par contre, Hillbrow et Argo sont des sources de satisfaction pour l’instant. Le vieillissement des effectifs est une réalité et si cela continue, on aura à peine 200 coursiers pour le début de la saison de 2016. Qu’en pensez-vous ? Il ne faut pas se voiler la face. La population de chevaux, matière première de cette industrie, baisse dangereusement, au point où cela risque de devenir irréversible. à ce rythme, la saison des courses se réduira rendant l’industrie non-viable ! J’ai du mal même à l’imaginer … Fermez les yeux une minute, j’appelle vos lecteurs à faire de même,  que chacun d’entre nous s’arrête une minute et pense à ce que serait l’île Maurice sans nos courses ... (Une pause) Voyez-vous l’immense vide que cela créera pour les centaines de milliers de Mauriciens qui aiment ce sport et le suivent de près ou de loin chaque semaine ? Sans oublier son impact économique et le fait qu’il s’agit d’un patrimoine historique qui nous différencie de bien des îles avec lesquelles nous sommes en compétition en matière de tourisme. Je vous vois verser une larme, ai-je raison ? Est-ce que les choses se sont empirées cette année ? La sonnette d’alarme a été tirée depuis 2014 lorsque l’industrie s’est vue imposer une nouvelle forme de taxation par la MRA qui menace de manière très sérieuse la survie des écuries. Au lieu d’aider cette industrie qui emploie des milliers de gens sans compter les emplois indirects, l’état met une pression insoutenable sur les écuries à qui la MRA réclame des arriérés de 5 années sur la base de son nouveau barème de taxation fixé en 2014 ! De plus, qu’on le veuille ou non, la Commission Parry est venue jeter un froid sur notre sport roi, aimé par tant et dénigré par une poignée qui n’a pas aidé à favoriser la confiance. Ceci dit, cette même commission a reconnu le potentiel de l’industrie hippique pour notre pays. On peut devenir un exemple reconnu internationalement si on s’en donne les moyens et la volonté ensemble ! Que faire dans ces conditions ? La priorité est de sauver l’industrie, le sport le plus suivi par les Mauriciens et les emplois directs et indirects. Il faut éliminer cette taxation rétroactive de 5 années qui est une épée de Damoclès sur les écuries et sans tenir qu’à l’année 2014, date à laquelle les nouveaux barèmes ont été ajustés. Il faut aussi assurer un nombre de coursiers suffisants en encourageant l’investissement par les propriétaires grâce à une exonération de la TVA par exemple ou alors par une déduction sur l’Income Tax considérant que les chevaux sont des « assets ». Je n’invente pas la roue, cela se fait dans plusieurs pays comme l’Irlande qui a bien réalisé que les courses représentent une part non négligeable de son économie mais aussi une source importante de revenus pour l’état ! C’est une poule aux œufs d’or pour les caisses publiques, encore plus si en parallèle le combat contre le jeu illégal est bien mené. Le gouvernement a le devoir et la responsabilité en tant qu’élu du peuple de reconsidérer sa position par rapport aux courses hippiques et ses acteurs car la perdre sera non seulement un grand manque à gagner pour les fonds publics, mais en plus une catastrophe économique qui génèrera des milliers de perte d’emploi avec un peuple sans loisir national à lui offrir ! Quid du MTC? Avant de vous répondre, je veux d’abord encourager le MTC à continuer sur sa lancée qui est de redorer l’image des courses. D’ailleurs, on note depuis le début de la saison une belle affluence aux courses. Le public revient au Champ-de-Mars et cela montre encore combien il est important de préserver ce loisir pour les Mauriciens. Cependant, cela ne suffit pas. Le MTC doit repenser sa stratégie, son rôle, sa vision, sa mission et ses valeurs. Il doit continuer à gérer l’organisation des courses à l’île Maurice et chercher des partenaires stratégiques internationaux pour être plus solide tout en bénéficiant du savoir-faire étranger afin d’appliquer les meilleures pratiques. Le Club doit aussi mettre en place, avec l’aide des écuries un système de club-jockeys avec 4 ou 5 titulaires. Il pourrait également, par exemple, avec l’état, travailler sur une politique solide favorisant l’élevage. Pourquoi pas ? Cela peut être un vecteur de croissance pour le pays et créer de l’emploi … En ce qui concerne l’élevage des chevaux, vous parlez-là d’un projet révolutionnaire pour l’industrie. N’est-ce pas ? Oui. Encore là, il faut « think out of the box ». à part pour 2015 où le nombre de nouvelles acquisitions a drastiquement diminué, l’île Maurice achète environ 150 chevaux annuellement au coût de Rs 125M approximativement et cela depuis des années. Rien qu’avec une partie de cette somme, on peut démarrer un élevage à grande échelle. C’est dans cette direction que le MTC, l’état et les ‘stakesholders’ peuvent  probablement regarder. Mais pour cela, il faut des incitatifs et assurer la pérennité de l’industrie ! Pas la tuer à coup de taxes ! Malgré qu’il nous sera probablement difficile de devenir totalement autonome, cela réduira la pression de l’importation de chevaux chaque année. On pourrait alors faire des courses inédites de chevaux de deux ans ou même des courses pour chevaux nés à l’île Maurice pour aider les éleveurs qui tenteront l’expérience, pourquoi pas ? On est à la croisée des chemins, osons ! Un dernier mot … Il y a aussi la possibilité de vendre nos terres de Floréal afin d’acquérir des terres agricoles pour créer un pôle équestre national. On aurait donc un seul centre d’entrainement réduisant nos coûts de transport exorbitants et le temps perdu sur nos routes. On irait courir à Port Louis le samedi et pourquoi pas du night racing au Champs-de-Mars les vendredis. Ce projet parait ambitieux, mais tout à fait dans nos cordes quand on voit ce que des promoteurs mauriciens ont a pu réaliser comme projet ambitieux tel les IRS, Bagatelle Mall, etc… Nous pouvons nous appuyé sur nos 200 ans d’histoire pour créer cela.

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